Au Bunker de la dernière Rafale

............le blog de Norkhat 0_O ...sous le signe du Capricorne et du hasard-objectif...

12 mai 2009

L'ombre où la Lumière. Première partie.

Il est arrivé à Bordeau par le tram, son baluchon sur le dos, les cheveux en bataille, les yeux cernés. Sur la place de la Victoire il prend en photo une énorme tortue d'acier, attrape un casse-croute et marche vers la gare par le cours de la Marne.

Il marche vite, regarde les tags, autre ville, autre litanie. Il passe devant des échoppes, des peep-shows, des cafés mais il n'a qu'une idée en tête : décamper. Partir vers Paris. Rentrer chez lui. Il a quitté sa troupe de théâtre. Il lui a fallu reconnaître qu'il ne pourrait pas tout faire, pas tout finir, cet projet ambitieux qui demandait un engagement sans faille, et son master de Littérature dont le dernier mois demandait un travail incompressible. Le livre, les livres qu'il a choisi ne sont pas des bouchées faciles. Il est sur le seuil.  Il veut plonger dans la littérature, écrire. Il a transmis son rôle à Félix, mimant ses gestes, puis se retirant dans l'ombre. Le coeur écartelé, les crises d'angoisses, les sanglots, pendant un exercice de danse trop intense, il ne connaissait plus ça depuis longtemps.

Il avait peut-être évité de faire des choix, en disant toujours oui à tout le monde, en se sortant d'un cheveux de situations embrouillées. Artiste de la veille, de la dernière minute. Il faudrait peut-être commencer à faire les choses biens, à faire des choix, à donner sa chance à la première minute.

Il est libre de ces engagements, mais son coeur est bouleversé. Il ne s'est pas douché depuis quatre jours. Il a l'air d'un vagabond avec son sac de marin. L'insoutenable légèreté de... l'aventure.

Ne retourner  nulle part. Venir de loin.
Dans cette gare partir. Mais pour où.

Il se récite des morceaux d'Only Revolutions. "And just like that. I come around"

La gare infiniment loin se profile enfin. Ses bottes trop serrées fournissent un dernier effort.

Back to where we were.

Il scrute le tableau noir.
Il n'y a plus de train pour Paris.
Incrédule. Amusé. Un peu au-delà du désespoir.

Passer la nuit à Bordeau alors qu'il pensait juste la traverser.
Il sort de la gare. Quatre flashs dans le ciel l'éblouissent.
Sonné par ces blancs successifs il écoute et sans surprise on entend venir le fracas du tonnerre.

L'orage éclate.

Un orage de chaleur.

La place de la gare se vide.

Que faire ? La scène se brouille : deux moustachus en short et bandana rouge apparaissent e surimpression sur le ciel obscure et susurrent : 118. silence. 218. silence. puis disparaissent. Les dieux de la sagesse se sont manifestés. Il cligne des yeux.

Le dixième de la moitié du quart d'une barre de batterie s'affichent sur son cellulaire :  il n'a plus le temps d'hésiter. Appeler les renseignements ou passer la nuit sur le parvis de la gare.
Il est dix heures passées, on lui passe l'auberge de jeunesse.

Il reste un lit. Dans une chambre de quatre. Est-il prêt à partager ?
Il est prêt à tout.

Ses compagnons de chambrée sont vieux, et donnent à entendre un concert de ronflement tellement agressifs qu'il ne ferme presque pas l'oeil de la nuit.
Par la fenêtre l'orage strie le mur de blanc. Dans le couloir une lampe grésille et clignote. La porte de la douche lui reste dans les mains. Poussé dans ses retranchements, il subtilise une dose de dentifrice dans une trousse de toilette laissée à l'abandon. Son reflet hagard dans la glace, les yeux cernés, ne lui revient pas.

Il se réveille en sursaut après avoir grapillé un ultime moment de sommeil.
Comme une bête traquée il rôde jusqu'au réfectoire attrape des céréales.
Court jusqu'à la gare, achète un billet au prix fort, monte dans le train et s'endort.

Il s'endort le corps vrillé contre la vitre, la peau moite de sommeil, de sueur et de pluie.

Il s'endort, il s'enferme dans le sommeil. Il rêve. Il s'enrêve.
La tête balloté contre la vitre et les grincements du train poussifs, il ne "plonge" pas dans le sommeil à la légère. Il saute du haut du tremplin de la piscine olympique directement dans le sommeil paradoxal.

Il rêve.

Posté par norkhat à 14:31 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    "La scène se brouille : deux moustachus en short et bandana apparaissent dans le ciel et susurrent : 118. silence. 218. silence. puis disparaissent." > morte de rire...

    Posté par Sara, 13 mai 2009 à 08:37
  • Ouah ! j'aime beaucoup le style haché, presque compulsif de ton écriture. Ca sent le vécu en tout ca... ^^

    Posté par Porte-Plume, 13 mai 2009 à 16:02
  • It's not a fiction, the first person is actually one post away...

    Posté par Norkaht, 13 mai 2009 à 16:22
  • 2éme partie

    noam! salut, j'aime bien ton écriture... , je n' arrive pas à trover la déuxieme partie..... est-ce qu'il existe?, a plus

    Posté par trueno prendido, 06 septembre 2009 à 18:23

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